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Syrie : le calendrier, seul maître du jeu

Berrios-Kaspi-SyriePar Sylvain Berrios et André KaspiBarack Obama vient de faire une annonce qui laisse pantois. Oui, déclare le président des Etats-Unis, les forces gouvernementales de la Syrie ont utilisé le 21 août des armes chimiques. C’est une atteinte à « la dignité de l’homme ». La sécurité des Etats-Unis est menacée, car un jour peut-être des groupes terroristes utiliseront, eux aussi, des gaz toxiques. Conclusion ? Il faut une intervention militaire. Mais auparavant, le Congrès doit être consulté.

Rien, pourtant, dans la pratique constitutionnelle  n’oblige le Président à demander l’avis du Sénat et de la Chambre des représentants. D’ailleurs, qui peut dire avec certitude si les législateurs approuveront ou non des frappes militaire ? Les républicains sont divisés ; les démocrates, hésitants. La seule certitude, c’est que, compte tenu du calendrier législatif, toute décision est reportée à une date qu’on ne peut pas préciser. Et pendant ce temps, la Syrie peut disperser ses forces, protéger les sites les plus menacés, mettre en place une défense efficace.

La vérité, c’est qu’Obama s’est enfermé dans ses contradictions. Il a tracé « une ligne rouge » qui, en principe, l’oblige à intervenir si Bachar el-Assad recourt à l’arme chimique. Mais il ne peut pas compter sur la formation d’une coalition internationale. La Ligue arabe a refusé de se joindre aux Etats-Unis. La Grande Bretagne elle – même qui n’a pas cessé de célébrer ses « relations spéciales » avec l’Amérique refuse sa participation.  Le Conseil de sécurité de l’ONU est paralysé par le veto de la Russie et de la Chine. Quant à  la France,  seule allié fidèle, Barack Obama ne l’a même pas citée. L’Amérique serait bien isolée pour accomplir une tâche dont une majorité d’Américains ne veulent pas. L’opinion publique refuse que les Etats-Unis participent  de nouveau aux conflits du Moyen Orient. Les Américains sont avant tout préoccupés par la reprise économique et le chômage, l’immigration clandestine et la réforme du système de santé, le déficit budgétaire et les écoutes tous azimuts de la NSA.

Dans ces conditions, ou bien Obama prend la décision de lancer ses tomahawks, sans avoir la certitude qu’ils provoqueront le moindre changement dans le conflit syrien. Ou bien, il fait marche arrière en partageant la responsabilité de la reculade avec le Congrès et conserve sa crédibilité. S’il perdait sa crédibilité, que resterait-il, par exemple, de sa politique iranienne ? N’a-t-il pas promis qu’il interdirait à l’Iran d’accéder à l’armement nucléaire ? Bref, le président donne l’impression d’être faible, vacillant, incertain.

Quelle place la France occupe-t-elle dans ces tergiversations? Le Président de la République a été jusqu’à soutenir que la France dispose des moyens d’infliger « une punition » à la Syrie. Mais il découvre que l’opinion française, tout comme l’opinion américaine, n’est pas favorable à l’aventure d’« une expédition punitive ». La défense des droits de l’homme se heurte à la réalité des objectifs et des intérêts français.

Il n’est pas raisonnable d’aider les rebelles syriens qui, à bien des égards, ont, pour certains d’entre eux,  des liens avec les rebelles maliens que la France a combattus et combat encore aujourd’hui. De plus,  les frappes militaires auront inévitablement des conséquences sur l’équilibre et le processus de paix, déjà très fragile, au Proche Orient sans même affaiblir le pouvoir absolu de Bachar el-Assad. Enfin, la France, membre permanent du Conseil de sécurité, est tenue par les décisions de l’ONU.

 François Hollande soutient inconsidérément l’intervention américaine et oublie les objectifs stratégiques de la France.  Aujourd’hui, notre action militaire, voire  diplomatique est suspendue à un vote du Congrès, ce qui est un comble lorsque le Président se pose en défenseur de la souveraineté nationale. Il est encore temps de retrouver la lucidité indispensable et d’engager un véritable dialogue avec nos partenaires sur l’attitude à adopter face à Bachar el-Assad.  A cet égard, les députés, réunis en séance extraordinaire le 4 septembre, auront une responsabilité particulière. Il serait souhaitable qu’ils  puissent se prononcer lors d’un vote solennel  sur les orientations annoncées par François Hollande.

André Kaspi est professeur émérite à la Sorbonne

Sylvain Berrios est député UMP du Val-de-Marne

membre de la Commission de la Défense et des Forces armées

Tribune parue dans le Figaro le 3 septembre 2013.

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